40. ("Le Combat Continue", 1998)

En convoquant Wilbur Bascomb et Mariah Carey, Chimiste a peut-être signé la prod de sa vie. Kery James, intimement cassé de partout à 20 ans, Demon One plus sheitan et vénéneux que jamais, et Rohff au sommet de ses certitudes, déjà. Plus instructif que trois heures de TP en fac de psycho.




39. ("La Cerise Sur Le Ghetto", 2003)

Titres tristes, egotrips, bourrins... La Mafia sait tout faire. Avec ce terrible morceau-bélier mis en images par le collectif Kourtrajmé et source de polémiques avant même sa sortie, la pieuvre du Val-de-Marne annonçait sans prendre de gants l'arrivée de son premier – vrai – album, le trop sous-estimé "La Cerise Sur Le Ghetto".




38. ("J'Attaque Du Mike", 1995)

Sur "Jeunes Coupables et Libres", il était question "d'apprendre à être large dans des rues étroites". Nous accusons les X d'avoir prémédité cette punchline dès leur premier morceau, qui leur a ouvert le rap comme un boulevard.




37. ("Quelques Gouttes Suffisent...", 1998)

Quelques gouttes suffisent, alors quand il en tombe une pluie... Matraqué par le beat et les formules assassines des deux frangins de Villiers-le-Bel, le pauvre petit sample bouclé par Djimi Finger ressort du studio avec la même gueule que Rodney King un dramatique soir de Mars 1991. Et que dire de l'actualité du morceau dix ans plus tard ! Ici on t'insulte avec un regard...




36. ("Panthéon", 2004)

Pour que son nom n'évoque plus jamais un petit ourson adorable, Booba a trouvé la parade ultime : placer, en intro de son deuxième solo, la citation solennelle qui clos l'épisode final du dessin animé. Coup de génie : son couplet mémorable et la production cruciale de Skread donnent à l'extrait une dimension quasi-prophétique, tout en redéfinissant a posteriori le sens même de son pseudo. MC Jean Gab'1 et Chantal Goya n'ont rien trouvé à redire.




35. ("Si Dieu Veut... Inch Allah", 1998)

"Laisse des feuilles pour l'équipe du trèfle à quatre feuilles / Suivie de près par IAM et le 3ème Œil". Quelques mois plus tard, ces paroles, remplacées en concert, feraient place à d'autres, assassines, sur le terrible "Sans Titre". Pour l'heure, l'unité marseillaise était de feu et ce morceau emblématique de l'esprit FF : bordélique, efficace, réaliste, hors-format et poignant.




34. ("La Haine", 1995)

L’hymne officieux de la Kissman attitude est, forcément, estampillé Express D'. Gros beat de funk, récits et gouaille de quartier, "Mon Esprit Part En C..." ou le portrait d’une époque chargée. Morceau automatiquement classé dans les cinq premiers par les trentenaires nostalgiques.




33. ("Authentik", 1991)

C’est officiel : "Le Monde De Demain", sorti en maxi en 1990, est le premier classique du rap français. Vingt ans plus tard, le rap a été déniaisé, Joey Starr et Kool Shen se sont sérieusement décatis, mais le morceau tient toujours la route, grâce à son charme désuet et à son clip classieux.




32. ("Le Code De L'Honneur", 1999)

Couplé avec "Au Fond Du Cœur", coincés entre deux saillies sanglantes, "Génération Sacrifiée" était un morceau Kery-Jamesien. Long, sans refrain, moralisateur et réaliste, il démontrait que, à côté de ses tirades hardcore, Rohff possédait aussi un fond conscient. Celui-là même qui ferait sourire jaune les malins, trop heureux de pouvoir pointer du doigt des contradictions au final très humaines.




31. ("L432", 1997)

Hit Mobb Deepien sur une production de DJ Sek. Avec "Le Crime Paie", "Les Vrais Savent" est l’autre pierre sur laquelle Lunatic a construit sa légende au milieu des années 1990. Booba disait des trucs comme : "Ali mon double, moi le sien", ou "leur dernière vision sera un gun et un chauve".




30. ("Paris Sous Les Bombes", 1995)

À mi-parcours de leur carrière, Kool Shen et JoeyStarr dressent un premier bilan et montrent à quel point leur histoire personnelle est liée à la mythologie du Hip-Hop hexagonal. Les cyniques diraient aujourd'hui d'un morceau pareil qu'il est "jazzy", voire "passéiste". A l'époque, rien de tout ça : les scratchs rugueux de "Tout N'Est Pas Si Facile" passaient en boucle sur la FM. Comme quoi.




29. ("Top Départ", 2002)

Un clip où les phases se décomposent sur l'écran. Une silhouette qui rappe l'angoisse du conditionnement. Des mots qui opposent la routine à l'identité. Un one-shot qui va crescendo. Un texte qui s'impose à la rétine comme à l'oreille. 'On s'habitue' est une histoire de mises au point qui met les sens en alerte.




28. ("Première Consultation", 1997)

Se suicider pour tuer le temps, pourquoi pas ? La musique est funky, le soleil brille entre les barres d’immeuble mais… Mais il y a un putain de mais : le Doc a l’impression d’avoir fait le tour de la question. A 22 ans, c’est embêtant. Il en restera pourtant au stade de l’intention… Les mauvaises langues disent qu’il aurait peut-être dû. La maison Trois-Rivières et Christine Angot pensent l’inverse.




27. ("Entre Deux Mondes", 1997)

Le sample de Michel Berger aurait pu l'inciter à pondre un texte larmoyant. Mais non. Sur cette poignée de notes de piano ralenties, Rocca pose le plus puissant morceau d'espoir du rap français. Plus grand succès commercial du MC de La Cliqua, aussi : en 1997, "Les Jeunes De L'Univers"'" fera le bonheur des radios et des chaînes musicales.




26. ("Où Je Vis", 1998)

En 1997, "Demain C’Est Loin" est un constat clinique. L’année suivante, Shurik’n convoque son partenaire sur son album solo pour passer à la partie pratique, avec un "Manifeste" accusateur et revendicatif : "À l’Assemblée, on ignore ce qui se passe sur le macadam".




25. ("Quelques Gouttes Suffisent...", 1998)

Autant l’imagerie de la boxe associée à l’impact du rap tapait dans un déjà vu certain, autant "Boxe Avec Les Mots" transpirait l’efficacité. À l’image du premier album du duo Ärsenik porté par une production haut de gamme et la lame tranchante de Lino ; le chef de file des MCs injustement mésestimés.




24. ("Où Je Vis", 1998)

C'est avec la détermination d'un challenger et la sagesse d'un maître aguerri que le rappeur d'IAM ouvre son premier – et à ce jour unique - album solo. Sur un sample de Bruno Coulais pioché dans la bande originale de la série télévisée "La Rivière Espérance", il expose pêle-mêle ses réflexions à propos de l'amitié, de la persévérance et de la connerie adolescente.




23. ("Comme Un Aimant", 2000)

Un oeil amer dans le rétro et l'autre guettant avec anxiété la ligne d'horizon, Sako livre ici l'un de ses plus beaux textes. Sur une production de Bruno Coulais et Akhenaton, porté par une rythmique trébuchante, quelques notes de piano puis des nappes de cordes, le rappeur cannois déverse son spleen au micro et transcende la BO pourtant magique du film du même nom.




22. ("Soldats de Fortune", 2006)

Clippé par l’équipe du Zapping de Canal +, entre enfonçage de portes ouvertes et saillies authentiquement saillantes ("Juifs, Catholiques, Musulmans, Noirs ou Blancs, fermez vos gueules, vous faites bien trop de bruit"), Oncle Shu et Papa Chill signent la version planétaire du monument "Demain C’Est Loin", neuf ans après. Aux années hall ont succédé les soirées JT et sites conspirationnistes, avec indignation mêlée d’écœurement et sentiments d’impuissance qui vont avec. Savoir, c’est bien, mais ensuite ?




21. ("Mauvais Oeil", 2000)

Maxi bande-annonce puis despedida en forme de bouquet final d’un album-testament, à l’ombre fredonnée de Serge Reggiani. Booba fait une pelote de réjection des œuvres complètes d’Odile et Emile Bled ("Et si tu veux tester mes égals", putain !), pendant qu’Ali, presque habité, tape comme un fringaleux dans le grimoire à punchlines ésotériques... L'un des plus beaux gâchis de la courte histoire du rap en français, au fait.